TADAAA !!!

Les révélations, c’est ce moment où tout s’éclaire dans l’esprit du lecteur ou du spectateur, qui peut enfin admirer votre intrigue géniale.  Soudain, les pièces du puzzle s’assemblent, les indices convergent, la vérité apparait sous ses yeux éblouis. 

En essayant de me montrer originale (en vain), je me suis fait la réflexion que de grands archétypes reviennent, et que l’effet de surprise repose souvent sur les mêmes principes. L’avantage, c’est qu’on ne s’en lasse pas. L’inconvénient, c’est qu’il est difficile de sortir des sentiers battus. Je compte sur vous pour me démentir et compléter la liste avec de nouvelles idées, en commentaires ou sur les réseaux sociaux.

Attention, dans cet article je spoile des oeuvres cultes pour illustrer mon propos : Star Wars, Orgueil et Préjugés, Autant en emporte le vent, Harry PotterLe Seigneur des anneaux, Sixième sens, Le Crime de l’Orient expressMatrix et Alice aux Pays des merveilles. Ces encadrés sont en doré pour les différencier du reste.

1) Le lien familial inattendu

dark vador

— Je suis ton père ! »
Star Wars, de George Lucas

 

Le héros découvre un lien familial qu’il ignorait et qui remet en question ses allégeances, ses valeurs et son comportement. Père, mère, frère, sœur… toutes les relations sont possibles.

Ce ressort est vieux comme le monde – je pense notamment au pauvre Œdipe et son célèbre complexe – ce qui ne l’empêche pas de fonctionner encore. Je le trouve extrêmement puissant pour renforcer une trahison, déchirer le héros entre amour familial et passion amoureuse, ou créer un rapprochement inattendu. Il existe un risque si la coïncidence est incroyable, ou si la ficelle revient trop souvent, mais en général il produit son petit effet. 

2) L'amour surprise

« — En vain ai-je lutté. Rien n’y fait. Je ne puis réprimer mes sentiments.
Laissez-moi vous dire l’ardeur avec laquelle je vous admire et je vous aime.”
Orgueil et Préjugés, de Jane Austen.

C’est le chouchou des comédies romantiques, des romances en général, et l’un des ressort du fameux triangle amoureux. Le héros déclare sa flamme par surprise, et pas forcément à la personne attendue. Ce grand classique nécessite de la subtilité selon moi. Je ne crois pas aux sentiments qui tombent du ciel. J’aime, au contraire, quand l’auteur instaure un jeu de piste avec le lecteur. Jane Austen sait en jouer, entre l’incompréhension, les mauvaises interprétations, et les quiproquos. 

BD Orgueil et Préjugés

Mais il est aussi possible, et plus original, de faire l’inverse avec un personnage que l’on croit amoureux alors qu’il ne l’est pas, comme dans le fameux final d’Autant en emporte le vent :

« — Franchement, ma chère, je m’en fiche comme d’une guigne. »
Autant en emporte le vent, de Margart Mitchell

3) Le gentil méchant, le méchant gentil

« – Always. »
Harry Potter et les reliques de la mort, de J. K. Rowling

Les traitres et les félons peuplent nos histoires depuis toujours, et je pense à celui dont le nom signifie tout cela : Judas. Réciproquement, les adversaires qui se transforment en alliés sont des révélations éprouvées. Déchéance et rédemption, des thèmes forts, qui permettent d’évoquer les valeurs morales des personnages. Naturellement, il est plus intéressant de jouer sur l’ombre et la lumière plutôt que tomber dans la caricature, ce sont les nuances qui donnent de l’épaisseur aux personnages. 

4) L'apparence des personnages

« — Je ne suis pas un homme ! »
Le retour du roi, de J. R. R. Tolkien.

Les apparences trompeuses ne cessent de causer des méprises et des retournements de situation, pour notre plus grand plaisir. Dans les contes, par exemple, de nombreuses princesses se retrouvent affublées comme des pauvresses (Cendrillon, Peau d’âne) avant que la vérité n’éclate. À l’inverse, Aladin se fait passer pour un prince malgré ses origines modestes. Ces changements de statut social sont très révélateurs, car le regard porté sur le personnage change. Il est le même, et pourtant différent. Il faut toutefois prendre garde à la crédibilité de ces changements (épargnez-moi le mystérieux héritage qui tombe à pic pour récompenser le héros). 

Autre possibilité, celle d’un personnage qui présente une capacité inattendue par rapport à son apparence : il vit dans un fauteuil roulant alors qu’il peut se lever, il se bat avec la main gauche alors qu’il n’est pas gaucher, on le croit aveugle  alors qu’il voit…

Il arrive souvent que les romances et les comédies (Tootsie et Mme Doubtfire par exemple) jouent avec les genres des personnages avec des déguisements, travestissements, transformations… mais d’autres histoires ne s’en privent pas. Mon seul conseil à ce sujet, c’est de prendre garde aux clichés et à la vraisemblance (dans la plupart des drama, les actrices déguisées en garçon ne sont pas crédibles une seconde). 

En fantasy, on peut jouer sur le glamour des fées, sur les malédictions, ou sur les personnages qui se transforment en animaux, pour s’interroger sur les frontières entre l’illusion et la réalité, entre les humains et les bêtes, entre les humains et les créatures surnaturelles. Ainsi, la malédiction qui frappe le prince dans La Belle et la bête permet de s’interroger sur son humanité. Je suis encore plus touchée par Sophie, l’héroïne de Diana Wynne Jones, qui est transformée en vieille femme dans Le chateau ambulant. Ce mauvais sort lui permet de s’interroger sur la vie qu’elle veut mener et de lever les inhibitions qui la paralysent. C’est en prenant l’apparence d’une vieille femme que Sophie devient jeune dans son cœur, et c’est une belle réflexion sur l’âge. 

En science-fiction, les révélations à base de robots, clones, cyborg, intelligence artificielle… permettent de réfléchir sur la nature humaine et ce qui la distingue des machines. C’est un thème passionnant, dont s’empare notamment le Cyberpunk.

5) La vie ou la mort ?

« — Je vois des gens qui sont morts. »
Sixième sens de Night Shyamalan

Il peut s’agir d’un personnage :

  • vivant alors qu’on le croyait mort,
  • mort alors qu’on le croyait vivant.

Je pense aussi aux personnage qui feignent leur propre mort par intérêt. La mise en scène de cette révélation et les indices dissimulés pendant l’histoire lui donnent toute sa saveur. Je n’ose pas citer d’autres exemples, pour éviter de vous gâcher le plaisir. 

Il peut aussi s’agir de trouver un remède pour guérir un personnage avant qu’il ne meure : un motif très efficace pour créer du suspens et un compte à rebours haletant. Songez à la manière dont Les Chevaliers du zodiaque nous ont tenu en haleine pendant des centaines d’épisodes dans leur quête pour sauver Athéna !

6) Le nombre de personnages

le crime de l'Orient express

« — Parfaitement, dit Poirot. Tout cela est merveilleusement lumineux. Le meurtrier était un homme d’une très grande force, mais il n’est pas costaud, et d’ailleurs, c’est une femme, et par surcroît, c’est un droitier qui est gaucher… »
Le crime de l’Orient-Express, d’Agatha Christie

 

Ces histoires reposent sur le fait que deux personnages se cachent sous l’apparence d’un seul. C’est un rebondissement bien adapté aux romans policiers,  pour se créer un alibi, mais pas seulement. Je pense à un crime ultra célèbre, mais aussi à une  histoire de magiciens qui m’a bluffée.

Il existe à l’inverse des scénarios basés sur le dédoublement de personnalité, ou la schizophrénie, comme dans un certain film, dont je ne parlerai pas, puisque c’est sa première règle.

7) Les capacités des objets

« — Seul un véritable Gryffondor peut faire apparaitre l’épée. »
Harry Potter et la Chambre des secrets, de J. K. Rowling

Les objets magiques nous réservent bien des surprises, tout est possible tant que les règles sont claires dans l’esprit du lecteur. Il peut s’agir d’armes, comme les épées et les baguettes magiques, de passages entre les mondes, comme des portes, des portails, des armoires, des miroirs… 

Certains objets magiques, ou technologiques permettent de retourner dans le temps, et je vous laisse vous arracher les cheveux avec vos paradoxes temporels. 

Parfois, cet objet confère des pouvoirs inattendus à celui qui s’en empare, mais il peut aussi l’en priver. Je pense par exemple à la fameuse Kryptonite de Superman. 

8) Tout cela n'était qu'un rêve...

« — Tu prends la pilule bleue, l’histoire s’arrête là, tu te réveilles dans ton lit, et tu crois ce que tu veux.
Tu prends la pilule rouge, tu restes au Pays des Merveilles et je te montre jusqu’où va le terrier. »
Matrix, de Lana et Lilly Wachowski

Ce dénouement fonctionne bien dans Alice au Pays des merveilles, mais c’est plus une exception que la règle selon moi. 

Je vous recommande de manier ce ressort scénaristique avec prudence, pour les raisons suivantes :

  • Il réduit à néant tous les enjeux de l’histoire : puisque ce n’était qu’un rêve, les objectifs et les efforts des personnages ne riment à rien, les risques encourus n’étaient pas de véritables dangers… sauf si ce qui se passe dans ce monde onirique se répercute dans la réalité.
  • Tout ça pour ça : le lecteur risque de se sentir trahi, le temps et l’énergie qu’il a consacré à cette histoire lui semble vain.

Certaines histoires jouent avec les frontière entre le rêve et la réalité, entre le monde réel et le monde virtuel. Je pense bien sûr à Matrix, mais aussi à Paprika, et tant d’autres. Ces intrigues permettent de s’interroger sur le concept de réalité, sur les limites de nos sens, sur le sens de nos existences, sur l’envie de fuir une réalité hostile. Je dirais donc que c’est une révélation à manier avec précautions.

En guise de conclusion

Rien de neuf sous le soleil ?

Nous, les raconteurs d’histoires, tirons sur les mêmes vieilles ficelles depuis la nuit des temps. Pourtant, nous arrivons encore à surprendre les lecteurs, n’est-ce pas incroyable ? Je me dis en conclusion que le plus important n’est pas la nature de la révélation, mais comment la mettre en oeuvre. L’art de l’instiller, de la préparer mine de rien, de saupoudrer des indices tout au long de l’histoire… j’y travaille encore. 

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