Porcelâme 3 – Le Labyrinthe de la Tortue

  • Parution : 10 janvier 2023
  • Éditeur : Bayard
  • Genre : fantasy
  • Public : à partir de 12 ans
  • Couverture : Florent Grattery
La quatrième de couverture : 

Le Dragon, le Tigre, le Kirin, la Tortue, le Phénix.
Cinq clans soumis aux sombres desseins d’un nouvel empereur.
Une matière magique, la porcelâme, qui exprime les états d’âme des êtres et des clans.
Une ancienne courtisane au passé douloureux et un prince traqué.

De la montagne sacrée aux îles de la Tortue, Shizuka aura besoin de toute sa force d’âme pour faire face à la famille qui l’a reniée, surmonter les souvenirs amers et raviver la splendeur d’un clan sur le point de sombrer.

Le Labyrinthe de la Tortue conclut la trilogie Porcelâme et ne peut se lire indépendamment des deux tomes qui le précèdent. Ce roman est notamment disponible sur le site internet de l’éditeur et en librairie. 

L'univers de Porcelâme :

Cinq clans

Le Dragon, le Tigre, le Kirin, le Phénix et la Tortue. Cinq animaux-sacrés. Cinq clans composant un empire. Cinq lois gravées sur un rouleau de porcelâme, pour maintenir un équilibre précaire entre des Seigneurs ambitieux.
Une statuette en porcelâme par personne, qui exprime son état d’esprit de son vivant, mais aussi après sa mort. 

Un retour douloureux

Lorsqu’elle retourne sur les îles du clan Tortue, Shizuka retrouve la famille et le prince qui l’ont rejetée des années plus tôt. En plus de la rancune qui la ronge, elle affronte une situation politique complexe. Il lui faudra tous ses jurons de marins et ses manières de montagnarde pour trouver sa voie dans ce labyrinthe de complots.

Un clan de marins

Le clan Tortue est un peuple de navigateurs et de marchands. Son animal sacré est associé au nord et à l’élément eau, il ne faut pas se fier à ce qui se passe en surface. L’avidité des grandes familles qui dirigent le clan pourrait le faire tomber entre les mains ambitieuses de l’empereur.

Un extrait ?

– Que me voulez-vous ?
– Quel accueil, ma nièce ! réagit Mme Kame.
– Épargnez-moi vos ridicules propositions de mariage et vos commentaires sur mon apparence. Ma peau trop brune, mes cheveux défaits, mes mains calleuses, mon langage vulgaire… Je ne les supporterai pas une fois de plus.
– En vérité…
– Je suis guide ! s’emporta Shizuka. Je conduis les voyageurs sur un chemin dangereux et leur sécurité passe avant le reste. La beauté, l’élégance, et toutes ces considérations superficielles ne m’intéressent plus.
Son interlocutrice leva sa main manucurée d’un geste impérieux :
– Me laisseras-tu enfin placer un mot ? Je voulais te l’annoncer en douceur, mais tu ne me laisses guère le choix. Shizuka, ton père nous a quittés.
La nouvelle heurta la guide comme une avalanche.
– Comment ?
Elle entendit pour la première fois une compassion sincère dans la bouche de sa tante :
– Une maladie de poitrine l’a emporté en quelques jours. Il a souffert de fièvre, de toux, et le médecin n’a pu le sauver. La cérémonie funéraire s’est tenue en notre absence, mais ta mère souhaite que tu te recueilles auprès de sa porcelâme avec ton frère et ta soeur. Par mon intermédiaire, elle te supplie de rentrer à la maison.
Incapable de se contenir, la jeune femme vida sa tasse d’une seule traite.
– Père m’a chassée. Pourquoi reviendrais-je ?
Elle se revoyait encore dans la cour de la grande maison familiale. Il l’avait poussée en arrière, elle était tombée sur la terre battue, les mains crispées sur son ventre arrondi. En se penchant vers elle, sa large silhouette barbue l’avait plongée dans l’ombre. Il lui avait hurlé en plein visage : « Ma propre fille, une trainée ! »
Shizuka se souvenait encore de ses veines saillantes et des postillons qu’elle avait reçus sur la joue. « Tu déshonores toute la famille Bekkô ! Je t’avais interdit de partir à la capitale, dans ces lieux de débauche et de perversion. Tu ne m’as jamais écouté, tant pis pour toi. Je refuse d’accueillir une catin sous mon toit ! »
Sa tante poussa un profond soupir. Elle venait de la petite noblesse, tout comme sa sœur, mais leurs choix de vie ne se ressemblaient pas. La mère de Shizuka avait épousé le chef des Bekkô, une famille de pêcheurs qui ne quittait jamais sa petite île. Au contraire, Mme Kame avait construit son empire commercial grâce à son sens des affaires et voyageait souvent pour accroitre sa fortune. Elle n’appréciait guère le mari de sa sœur, mais modérait ses paroles pour éviter les querelles familiales :
– Ton père s’exprimait sous le coup de la colère. Malgré ton succès à la cour impériale, il n’a jamais accepté
que sa fille devienne courtisane. Ton retour, enceinte et célibataire, l’a rendu fou de rage.
– Il m’a rejetée à la mer comme une huitre vide.
– D’après ta mère, il l’a regretté. Il attendait tes plus plates excuses avant d’accorder son pardon, mais tu ne lui as jamais donné la possibilité de changer d’avis sans perdre la face.
– Il ne m’a pas écrit.
– Toi non plus, ma chère nièce. Vous possédez tous deux la fierté ombrageuse d’un requin.
Shizuka se détourna. Six ans plus tôt, elle avait quitté son île natale suite à cette scène mémorable. Elle avait cherché un refuge où nul ne la connaissait, ni comme une fille du clan Tortue ni comme une célèbre courtisane de la cour impériale. Hélas, l’ascension de la Voie du Kirin
et son chagrin avaient interrompu prématurément sa grossesse. Elle avait perdu sa famille, mais aussi le bébé.
Après une telle épreuve, pourquoi rentrer ? Les montagnards l’avaient accueillie sans mépris. Ils lui avaient offert un toit, un métier respectable, et la protection des Jizō pour son enfant mort-né. Alors, elle avait abandonné son ancienne vie.
– C’est trop tard, ma tante. Je ne peux pas lui pardonner.