Avertissement !

  • Cet article n’a PAS pour objet de vilipender les auteurs mercantiles qui ne visent que la gloire et la richesse au lieu d’écrire pour l’amour de l’Art avec une majuscule.
  • Cet article n’a PAS non plus pour objet de cracher sur les méchants éditeurs qui dépouillent les auteurs en profitant de leur amour de l’Art toujours avec une majuscule.

Alors, si on ne peut pas tomber dans la caricature, ni flageller les gens, comment expliquer que certains auteurs renoncent à l’écriture à cause de la publication ?

1) Les auteurs doivent écrire comme des pro

L’écriture est une activité peu coûteuse, qui ne nécessite pas beaucoup de matériel, et qui se pratique en toute discrétion. 
Par contre, il est difficile de partager ses oeuvres lorsqu’on pratique en amateur. Vos proches s’extasieront gentiment quand vous leur jouez un morceau de musique, ou que vous leur montrez un dessin. En fin d’année, les chorales, les pièces de théâtre et les concerts amateurs sont courants et le public se montre indulgent.
Toutefois, ceux qui écrivent ne rencontrent pas toujours la même bienveillance. Les lecteurs se montrent souvent plus acerbes que les spectateurs. Il existe peu d’espace où les auteurs amateurs peuvent partager leurs textes en toute sécurité : même sur des plateforme gratuites comme Wattpad, ou des forums de fanfiction, nous courons toujours le risque de récolter de cuisantes critiques.

2) Mais nous ne sommes pas célèbres

Souvent, la publication par un éditeur est présentée comme l’objectif ultime, la validation du statut d’auteur et la consécration. Peu importe que l’aspirant auteur écrive tous les jours depuis vingt ans, il lui faut ce label pour mériter ce « titre de noblesse ». 
Toutefois, les désillusions sont rudes.
Les auteurs sont le maillon faible de la chaîne du livre. Même si un éditeur souhaite sincèrement soutenir un livre, le notre n’est qu’une publication parmi tant d’autres. Après un ou deux mois de travail intense, après la promotion à la sortie… l’éditeur tourne la page et passe au suivant. C’est dur à encaisser, mais c’est ainsi. Le job de l’éditeur, c’est de sortir des nouveautés, tandis que l’auteur porte son roman toute sa vie.
L’auteur espère que la publication lui permettra d’être lu au-delà de son cercle familial et amical. Toutefois, les éditeurs n’ont pas toujours les moyens de promouvoir leurs publications, et ils communiquent plus sur certains romans que sur d’autres. Vous comprenez :
  • qu’un petit éditeur sans diffuseur, donc absent des librairies, compte sur les salons, les festivals et ses auteurs pour vendre ses livres.
  • qu’un roman anglo-saxon payé 30 000€ sera plus mis en avant qu’un français payé dix fois moins, rentabilité oblige.
  • qu’un roman reste visible quelques semaines en librairie, ce qui lui laisse très peu de temps pour faire ses preuves avant de disparaître des rayons.
De nombreux livres se vendent à moins de 1000 exemplaires, ce qui n’est pas très motivant pour un auteur qui souhaite toucher un large public.

3) Ni riches

En général, les auteurs reçoivent une avance sur leurs droits d’auteur au moment de la signature du contrat ou de la publication. Cette avance dépend du nombre d’exemplaires que l’éditeur espère vendre, elle est donc très variable et peut même être nulle. Pour ma part, j’ai touché de 0€ à 5000 € selon les romans.
Nos droits d’auteur se trouvent souvent entre 5% et 10% du prix du livre. Un an après la publication, l’éditeur nous indique le nombre de ventes :
  • si ces droits ne remboursent pas l’avance, nous ne touchons rien de plus,
  • si ces droits dépassent l’avance, l’éditeur nous verse la différence.
Statistiquement parlant, la moitié des auteurs gagnent moins que le SMIC, et un tiers moins que le seuil de pauvreté.

4) Et nos rêves se brisent

Sans même parler de rentabilité, nos rêves de reconnaissance se brisent. Nous ne touchons pas beaucoup de lecteurs, pas beaucoup d’argent, et ceux qui nous lisent ne sont pas toujours tendres avec nous.
Un auteur ne peut se reposer sur ses acquis. Un roman publié ne veut pas dire que les prochains manuscrits seront acceptés. Il arrive souvent que ce ne soit pas le cas et les refus sont parfois déprimants. Certains refus détaillés sont même dévastateurs. De la même façon, de bonnes ventes pour un roman ne signifient rien pour le prochain. Il faut accepter de tout remettre en question à chaque publication.
Nous devons aussi supporter les mauvais retours. Certains chroniqueurs ne prennent pas la place de ménager la sensibilité de l’auteur qui lira leur chronique. Trop ceci, pas assez cela, il aurait fallu finir autrement, quelle déception…. Il faut se blinder, mais ce n’est pas facile.

En conclusion

De nombreux auteurs renoncent à l’écriture pour ces raisons. Trop de temps investi, trop d’énergie, pour un retour qui n’en vaut pas la peine. À quoi bon ?
La réponse fondamentale, c’est le plaisir d’écrire. Mais il n’est pas si facile d’écrire sans rien attendre d’autre. Alors, chérissez vos auteurs préférés. Un petit mot, un fanart, une photo, tout est bon pour entretenir leur motivation !

2 thoughts on “Pourquoi la publication peut dégoûter de l’écriture ?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.