Les romans maudits

« Roman maudit », une expression que j’ai souvent entendue et que je brûle parfois d’utiliser. Je m’en empêche pour éviter de me maudire moi-même, mais ce terme magique m’interpelle. Sur mon sondage instagram, la moitié des personnes ont répondu qu’elles en avaient un. 

Alors, qu’est-ce qu’un roman maudit ? Comment vaincre la malédiction ?

Qu'est-ce qu'un roman maudit ?

Photo d'Oleg Magni sur Pexel

Selon moi, un roman maudit c’est un projet qui n’emprunte pas la voie que son auteur lui destine. Il peut s’agir de terminer le premier jet, d’aller jusqu’au bout des corrections, de trouver un éditeur… Parfois la malédiction provient d’ennuis extérieurs, quand la vie me mets des bâtons dans la plume, parfois le projet lui-même constitue le principal obstacle. 

Quand les efforts fournis ne rencontrent pas la récompense attendue, la frustration et le découragement montrent le bout de leur nez. Les sentiments d’injustice et d’impuissance me donnent envie de rejeter cet « échec » vers un autre. Il peut s’agir d’un coupable, du destin, de la malchance… Et voilà la malédiction qui pointe le bout de son nez crochu.

Ce sentiment d’injustice, certains le jugeront peut-être enfantins, mais nous ne sommes pas ici pour juger. La malchance existe parfois (pensez à tous les bons livres sortis juste avant le corona virus). De toute façon, je pense que nier nos émotions, ou nous rabaisser à cause d’elles n’aide personne.

Anergique, un roman maudit ?

J’ai commencé ce roman en 2011 et il sort enfin de son tiroir. Après les corrections, ce projet a figuré parmi les finalistes d’un concours lancé par une grande maison d’édition en 2013. Je l’ai retravaillé avec une éditrice pendant plus d’un an jusqu’au couperet : « nous resserrons notre ligne éditoriale et Anergique ne rentre plus dedans ».

Vous l’entendez, mon « c’est pas juste » ?

Je me concentrais sur le premier jet du Cirque Interdit et sur la publication d’Iceltane en 2015, quand Roxane Edouard, agente chez Curtis Brown, a eu un coup de cœur pour Anergique. Le fait que ce manuscrit en déshérence lui plaise assez pour qu’elle me consacre du temps m’a rendu l’espoir.

Ce grand tournant dans mon parcours d’autrice, je le dois à un manuscrit qui ne trouvait toujours pas son éditeur. En effet, malgré l’appui de Roxane et de nombreuses phases de corrections, les refus s’accumulaient. J’aurais pu revoir mon texte s’ils avaient été unanimes, mais c’était plutôt « il est bon, mais mais pas pour moi », « il manque quelque chose, mais je ne sais pas quoi »….

Perplexité, incompréhension, colère… malédiction !

Photo de Joy Marino sur Pexel

Je n’y croyais plus en 2019, mais en salon, je me suis retrouvée en train de bavarder à tort et à travers avec mon voisin (auteur et éditeur). J’ai failli asperger ses livres avec mon verre d’eau (horreur et damnation !) et j’ai raconté les déboires d’Anergique. Je lui ai envoyé ce manuscrit en espérant qu’il me dise ce qui clochait.

Il m’a répondu que pour lui, cette histoire sonnait juste.

Comment lever la malédiction ?

De mon expérience, je retiens que les romans maudits sont sans doute ceux qui ne rentrent pas dans les cases. Les raisons sont multiples : la taille du manuscrit, un grand nombre de tomes, un thème particulier, un récit inclassable… Quand ces facteurs jouent contre un manuscrit, il devient plus difficile de l’achever et de lui trouver une place. 

Je pars sur le principe qu’un auteur ne choisit pas son roman. Si vous y parvenez, tant mieux pour vous, mais ma propre Muse considère mes bonnes résolutions comme des défis :

  • je n’écrirai pas à la première personne du présent => Iceltane
  • je ne parlerai jamais de viol, c’est trop horrible pour mon âme sensible => Anergique
  • très bien, mais je vais au moins éviter les sujets politiques => Le Cirque Interdit
  • bon, je vais limiter la casse en n’écrivant que des tomes uniques => Porcelâme

Face à un objet littéraire compliqué, je pense qu’il ne faut pas rester seul, essayer de progresser, persévérer, savoir passer au projet suivant pour mieux y revenir… Facile à dire, je sais. Si vous souhaitez rencontrer d’autres auteurs, je vous recommande les forums comme cocyclics et plume d’argent.

Je me dis aussi qu’il est possible de lever la malédiction :

  • avec un roman tellement bon que les cases n’ont plus d’importance
  • en trouvant les personnes pour qui cette différence n’est pas un problème, mais un atout
  • avec de la patience, car le vent tourne et la faiblesse d’hier peut devenir la force de demain.

Et vous, avez-vous un roman maudit ? Les commentaires sont faits pour partager nos expériences.

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