Nommer les personnages

C’est parfois un casse-tête. Trouver le bon nom, celui qui sonne bien, qui s’imprime dans la tête du lecteur, qui s’intègre parfaitement dans l’univers. D’ailleurs, il m’arrive de mettre XXX dans le feu de l’action en me disant que je trouverai le nom plus tard. Certains auteurs utilisent machin et bidule comme désignation temporaire, d’autres choucroute et tartiflette, ou bien sapristi et saperlipopette, j’avoue que c’est plus drôle.

Bref, après avoir parlé de la création des personnages par ici, je vous propose quelques pistes pour les baptiser ci-dessous. 

Points d’interrogation

Les recommandations générales

Vous les trouverez dans la plupart des textes qui traitent de ce sujet :

  • Le prénom et le nom de famille doivent tenir compte du contexte spatio-temporel de l’histoire : l’époque, la culture, la classe sociale.
  • La relation entre un personnage et le prénom que ses parents ont choisi pour lui peut permettre de le caractériser. Exemple : dans Le Cirque interdit, l’héroïne se fait appeler Maria pour passer inaperçue et il lui faut du temps avant d’accepter le prénom que sa mère lui a  donné.
  • La variété aide le lecteur à ne pas confondre les personnages et il faut diversifier autant que possible les initiale, le nombre de syllabes et les sonorités.
  • Les noms doivent se prononcer sans difficulté pour que le lecteur ne bloque pas dessus.

Un fil conducteur

Maintenant que les bases sont établies, je  propose de choisir un fil conducteur pour ne pas se perdre pendant la quête du nom juste. Les lecteurs attentifs auront remarqué que je ne choisis pas les noms de personnage au hasard dans mes romans :

Une ampoule dans une bukke

Pourquoi se fixer une contrainte supplémentaire me direz-vous ? Il est tout à fait possible de choisir ou d’inventer des noms en se préoccupant juste de leur sonorité, mais je trouve que ce fil conducteur rend l’univers plus riche et le jeu plus amusant.

La signification

Les noms s’inscrivent dans une culture et possèdent une signification plus ou moins évidente. On pourrait penser que le prénom doit correspondre au personnage, mais je rappelle que ce n’est pas un postulat réaliste. En général, les parents choisissent le prénom avant la naissance de l’enfant, donc ce prénom caractérise surtout la façon dont ils se projettent (les parents d’une petite Mélusine l’imaginent-ils comme une fée ?).

Il est donc possible, selon l’ambiance de votre univers, de s’inspirer de prénoms latins, slaves, égyptiens, swahili, chinois, coréens… 

Par exemple, dans Porcelâme, un univers qui s’inspire librement du japon :

  •  Les noms de famille du clan Kirin évoquent son territoire, la montagne sacrée : le nom de famille d’une héroïne est Yamako car le kanji  « yama » signifie « montagne » et le kanji « ko » signifie enfant. Le nom de famille d’un personnage est Nōtori en référence au mont japonais du même nom.
  •  Les noms de famille du clan Phénix évoquent cet animal sacré : Suzaku est le phénix rouge. Tsubasa signifie aile.
  •  Les prénoms ont un sens qui correspond (ou pas) au personnage en question : les parents de Shizuka espéraient un enfant calme… c’est raté ! Chihiro signifie mille brasses, une personnalité très profonde. Quant à Tomoe, Muse m’a imposé ce prénom et il m’a fallu des années pour comprendre pourquoi. Maintenant, je sais qu’il incarne l’essence de mon héroïne et le principe même d’une trilogie (mais au début je ne savais pas que ce serait une trilogie).
Tomoe

Les références

Un nom peut évoquer une personne, un lieu, un sentiment, un champ lexical qui donnent plus de profondeur à votre univers. Pour moi, c’est ajouter une touche supplémentaire aux synergies dont je parle dans cet article.

  • Dans Le Cirque interdit, mon héroïne s’appelle Maria Fratel pour évoquer Annie Fratellini, une grande artiste clown.  La correspondance Vazatta / Zavatta est facile à trouver, mais avez-vous pris garde à Drepin et Mordena ?
  • Dans Anergique, lady Mayfair porte le nom d’un quartier de Londres réputé à l’époque victorienne. À l’inverse, Whitechapel évoque des rues mal famées et Jack l’éventreur. Amiya Southall Dhoraji porte à la fois le nom anglais de son père (Southall est un quartier de Londres surnommé Little India)  et le nom indien de sa mère (Dhoraji est une ville de l’état du Gujarat).

Les anagrammes et jeux de mots

Je m’en sers souvent pour rendre les correspondances moins évidentes, en espérant que certains lecteurs le remarqueront. 

Porcelâme mêle les mots « porcelaine » et « âme » car cette matière magique, qui ressemble à la porcelaine, contient l’âme d’une personne pendant sa vie et après sa mort. 

Dans Le Cirque interdit, les noms bizarres qui signent  les documents officiels sont des anagrammes. Mais je ne vous dirai pas lequel. À vous de jouer maintenant !

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